Mercedes d’occasion, intérieur fatigué, chapelet accroché au rétro. C’est rarement la nôtre, c’est celle d’un grand frère, d’un cousin, d’un pote qui a réussi à mettre les sous de côté. Le périph défile, les lampadaires laissent leur traînée, les autres bagnoles glissent devant nous. Au volant, on tient la route d’une main. À côté, l’autre regarde la nuit défiler. Le rétro renvoie un visage qui ne dit rien.
On apprend à se parler en roulant, et c’est là que les choses sortent : entre deux sorties d’autoroute, entre deux feux. Le chapelet pend pour rappeler qu’on n’est pas seuls dans la voiture, même quand les mots ne viennent pas. On roule. On veille les uns sur les autres. On ne dit rien. C’est ça, être frères.
